![]() |
A de nombreuses reprises, Pierre-Thomas Ducourrau fait référence à Ulysse Darracq, soit en appuyant ses propos sur ses publications, soit en apposant un « Vu par M. Darracq » (que l’on retrouve également sous la forme « Vu U.D, » « Vu par M.Dq », voire « nommé par M. Dq ») sur ses planches.
Ulysse Darracq est né à Dax le 29 vendémiaire de l’an VII (19 octobre 1798). Ses parents lui avaient choisi comme prénom celui du saint du jour : Pierre d’Alcantara. L’administration, trompée par une marge de papier trop étroite, lui inventera celui de Pierre Dalcan. Lui-même optera très tôt pour celui d’Ulysse. Il étudie la pharmacie, à Dax, chez oncle au Mans, puis à Paris. Il est reçu pharmacien en 1829 et ouvre sa première boutique à « Saint Esprit, près de Bayonne ».(1)
«Esprit curieux», il est à fois « botaniste, zoologiste, ornithologue, erpétologiste, conchyliogiste et minéralogiste ». Il observe, compile et crée des catalogues dont il semblerait que seul des extraits n’aient été publiés (Extrait du catalogue du département des Landes et des Pyrénées occidentales, liste méthodique des poissons des eaux douces et salées des environs de Bayonne, Notice sur la flore de nos environs). Ses imposantes collections serviront à la création du Muséum d’histoire naturelle de Bayonne en 1856 dont il sera le premier conservateur.
A l’époque ou Pierre-Thomas Ducourrau réalise ses manuscrits, Ulysse Darracq est donc une autorité reconnue qui semble avoir guidé et validé le travail de l’amateur.
![]() |
(1) Séparé de Bayonne en 1792, le quartier Saint-Esprit, renommé Jean-Jacques Rousseau constitue une commune des Landes jusqu’en 1857.
Le projet Bilketa de valorisation des fonds documentaires basques permet de cataloguer finement des fonds anciens, conservés dans les collections patrimoniales de la ville de Bayonne, à la médiathèque mais également au Musée basque et de l’histoire de Bayonne.
Les manuscrits richement illustrés de Pierre-Thomas Ducourrau ont très vite retenu notre attention, comme méritant d’être portés à la connaissance du grand public.
![]() |
Le commandant Boissel, premier directeur du musée basque, raconte en 1950 dans le bulletin de la Société des sciences, lettres et arts, l’entrée de ces volumes dans les collections du musée : « Je vous parlerai avec un peu plus de détail des belles étrennes qui nous furent offertes le 31 décembre 1949 et qui étaient de fleurs, de poissons et d’oiseaux.
Dans le courant d’octobre j’avais eu la visite de M. Félix Moussempès qui m’apportait trois gros volumes illustrés, deux manuscrits et un imprimé. Il me demandait si nous étions disposés à les accepter, se réservant de fixer le jour où ils deviendraient notre propriété. Un examen même rapide, ne laissait aucun doute, aucune hésitation. Ce nouveau don enrichirait notre bibliothèque de pièces uniques. Il fut accepté en principe ; mais il fallut attendre la décision définitive de M. Moussempès. Il revint nous voir à la fin de l’année, nous dit que sa fille célébrait ses fiançailles le 31 décembre et qu’il voulait que ce fût là son présent de noces. Les trois volumes furent donc inscrits à cette date sur le catalogue, qui représente pour nos livres un registre d’état-civil […]. »
Félix Moussempès, propriétaire des carnets, en avait hérité de son grand-père Jules, cousin de Pierre-Thomas Ducourrau et pharmacien, qui avait recueilli précieusement une partie de la bibliothèque du naturaliste.
Les deux volumes manuscrits, ainsi conservés au musée basque depuis 1950, ont été numérisés en 2015, parmi d’autres ensembles manuscrits ou iconographiques.
En plus de l’accès aux documents numériques dans le portail Bilketa, le choix a été fait d’une mise en valeur de ces belles représentations d’animaux dans une exposition virtuelle.
Les planches de représentation d’animaux sont mises en avant :
Les textes, témoignages, articles évoquant l’œuvre et la personne de Pierre-Thomas Ducourrau ont été rassemblés, et nous avons sollicité l’expertise de spécialistes contemporains pour évaluer le travail du naturaliste, et raviver, 150 ans plus tard, l’intérêt pour l’œuvre étonnante d’un personnage quasi oublié.
L’équipe Bilketa.
Commandant William Boissel, bulletin de la Société des sciences, lettres et arts 1950
![]() |
Je vous parlerai enfin avec un peu plus de détail des belles étrennes qui nous furent offertes le 31 décembre 1949 et qui étaient de fleurs, de poissons et d'oiseaux.
Dans le courant d'Octobre, j'avais eu la visite de M. Félix Moussempès qui m'apportait trois gros volumes illustrés, deux manuscrits et un imprimé. Il me demandait si nous étions disposés à les accepter, se réservant de fixer le jour où ils deviendrait notre propriété. Un examen, même rapide, ne laissait aucun doute, aucune hésitation. Ce nouveau don enrichirait notre bibliothèque de pièces uniques. Il fut accepté en principe; mais il fallut attendre la décision définitive de M. Moussempès. Il revint nous voir à la fin de l'année, nous dit que sa fille célébrait ses fiançailles le 31 Décembre et qu'il voulait que ce fût là son présent de noces. Les trois volumes furent donc inscrits à cette date sur le catalogue, qui représente pour nos livres un registre d'état civil.
En lisant, sur la page de garde du premier volume la coupure d'un article paru en 1888 dans le Bulletin de la Société de Borda, je trouvai in fine, les lignes suivantes : "Nous voulons même espérer que M. Moussempés, notre honorable collègue, qui a ces manuscrits en sa possession voudra bien prendre toutes les dispositions nécessaires pour en assurer à tout jamais la conservation et la garantie tout aussi bien contre les injures du temps que contre l’incurie, l’avidité ou l’ignorance de ceux qui pourraient en devenir possesseur à leur tour." Ce voeu, formulé il ya soixante-deux ans, ets, aujourd'hui exaucé, tout au moins en ce qui concerne deux des trois manuscrits laissée par M. P.-T. Ducourrau [...]
Nous n'avons reçu nous-mêmes que deux des trois manuscrits mentionnés [Dans l'article de Peter Barr]. Manque celui qui se rapportait à la flore de Biarritz et de ses environs. On peut le regretter devant ces illustrations dues pour la plupart à Marie Ducourrau, fille de l'auteur. Par contre le Theatrum Florae fait partie du don de M. Félix Moussempès. ce livre fort rare, a malheureusement subi quelques injures du temps, mais on appréciera du moins la beauté de ses frontispices. [...]